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On t'm bien Lili !

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A travers ta plume - il me semble que tu ais pris davantage de recul pour écrire - une tranche de vie du village apparaît au grand jour; monde probablement inconnu pour beaucoup d'entre nous. Davantage de recul, disais-je, car l'écriture apparaît plus pondérée, plus mûrie, par rapport à ton précédent livre. Quoique, les dernières pages laissent entrevoir une certaine rage de ne pouvoir convaincre l'autorité et le monsieur tout-le-monde de la nécessité de résoudre la misère. Quand même la maîtrise du vocabulaire est remarquable et renforce, je trouve, le message que tu as voulu faire passer.

 Pour lancer le débat sur l'incompréhension, voire sur le manque de dialogue, n’entrons-nous pas là dans une collision entre deux monde : celui des idéalistes qui, comme toi, agissent (en terme de sport, on dirait ceux qui mouillent leur maillot pour une cause précise) et celui de la raison où les valeurs s’avèrent autres que sociales. En toute lucidité, tu te poses d'ailleurs la question (p 109 : "Jacques se demandait si la société était réellement désireuse d'éradiquer la misère...").  Lorsque le monde politique établit des lois ou règlements, il est clair que n’importe quelle politique publique ne peut satisfaire tout le monde. Le but du jeu est donc de satisfaire le plus grand nombre des citoyens et/ou les plus grandes "gueules" (syndicats, groupes représentatifs, lobbying...). Par contre, qui représente le monde des défavorisés ? Pas de lobbying, juste de courageux travailleurs sociaux. Et, cette population-cible - défavorisés + travailleurs sociaux - représente-t-elle réellement un poids électoral ?

De plus, un monde de raison, c'est un monde dans lequel on n'a rien pour rien : "je t'aide si tu m'es utile". Il faut reconnaître que le monde défavorisé a, dans nos sociétés d'abondance, une connotation péjorative tant la misère, dirait-on, pourrait s'attraper, telle une puce qui saute de fourrure en toison.

Sauf "choc externe" (càd un incident majeur et soudain), les politiques publiques actuelles et futures ne devraient pas résoudre en profondeur le problème de la misère; ce problème perdure depuis trop longtemps. Un problème nouveau et bien appuyé a incommensurablement plus de chance d'être entendu qu'une vieille affaire qui perdure...  Donc, comme tu le dis, le politique promet (le social, c'est noble AVANT les élections), mais n'agit que partiellement car, comme je le disais précédemment, les acteurs victimes de la misère sont peu représentés et entraînent un coût que la société ne veut probablement pas prendre en charge. De fait, le budget gouvernemental n'étant pas élastique par enchantement, le citoyen est-il prêt à payer davantage de taxes pour subvenir aux besoins des SDF ? Impossible de faire passer un tel message. Pour un politicien, l'institutionnel, la finance, l’Europe et autres politiques étrangères sont des secteurs plus porteurs.

 Je me suis donc fait, ici, l'avocat du diable pour réagir à ta 4è phrase . Mais ne me fais pas dire ce que je n’ai pas écrit : tu es une femme lucide. Tellement lucide – d’ailleurs tu l’écris dans un autre registre – qu’il y a une prise de conscience de ta part (comme une sonnette d’alarme) face à l’immersion trop prolongée en milieu défavorisé; cette immersion - vecteur de fatigue physique et intellectuelle - empêche de prendre le recul nécessaire pour analyser des comportements et prendre des décisions sereines.

 Pourtant, je reste persuadé que ton livre peut faire avancer des choses.  Ce livre est un témoignage qui reflète la face cachée de notre société.

Outre ce témoignage basé sur le vécu, les références à d'autres auteurs (notes de bas de page, p 16...) et autres sources officielles d'informations donnent au livre crédibilité et aspect scientifique; j'ai apprécié. Le sujet est bien cerné et documenté. Par exemple, je relève cette phrase que la sociologie pourrait d’ailleurs étudier de plus près : "la rue est habitée par des clans" (p16). D’autres part, des expressions très réalistes sont aussi très parlantes : "les paparazzi de la misère" (en parlant des tentes du canal Martin, p20).

Le livre – qui s’apparente fort à un essai -  est écrit avec pudeur et respect tant vis-à-vis des confidences reçues que vis-à-vis de toi-même quand, par exemple, tu fais part de tes soucis perso (appartement en feu...). Le livre s’avère donc informatif et ne tombe pas dans le piège facile du détail sensationnel. 

Lionel Delval.

 

 

 

(NDLR) :Liliane est une "auteure confirmée", son livre en témoigne !
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Commentaires

  • Je ne vais pas m'amuser à commenter ce qui concerne mes écrits.

    Je réagis cette nuit, à la condamnation de l'association des Enfants de Don Quichotte et celle du Dal.

    "J’ai mal


    Lorsque les Enfants de Don Quichotte ont demandé des moyens nécessaires pour venir en aide à ceux qui vivent à la rue, qu’il fut difficile d’obtenir une réponse et surtout positive !
    La seule reçue fut : il n’y a pas d’argent dans les caisses, soyez réalistes, on ne le pond pas.

    Lorsque les banques furent au bord du gouffre, elles n’eurent pratiquement pas à crier au secours, « Dieu » vint les aider et de quelle façon…

    Ben oui, mais ce n’est pas la même chose, me direz-vous.
    Forcément.

    Devant mon air ironique, vous préciserez, me raffraîchissant la mémoire, que pour le premier problème, c’est de l’argent « en vrai », qu’il faudrait.
    Alors que, pour le second, ce sont des sommes virtuelles qui ont été trouvées.

    En attendant, il n’y avait pas d’argent à donner mais il y en a toujours à prendre.
    Mais à qui ?
    Ce n’aurait pas été Augustin qui se serait chargé de cela, il a déjà tout juste de quoi faire vivre sa petite famille, j’imagine.
    L’association étant composée de membres (dont moi) aurait-il fallu que nous vidions nos poches, percées, d’ailleurs?
    Ce n’est pas le DAL non plus qui va le pouvoir.
    Va-t-il falloir que nous donnions tous notre RMI, notre ASS ou quelque indemnité que ce soit ?

    On a tort d’être pauvres, d’être dans la précarité. Bientôt ça va devenir une insulte et plus seulement une réplique de film ou le nom d’une association !

    Significatif le peu de réactions aux ouvrages traitant de la gestion de la précarité.
    Ceux que j'ai rédigés, "Si l'exclusion m'était contée" et "Les coulisses du village de l'espoir" ont été écrits sur le terrain, témoignage de l'intérieur.

    Dieu (oh merde !) qu’il est difficile de rester zen et de retenir des larmes de rage !!!"

    Quand je pense que l’on s’est appuyé sur une loi qui concerne les « déchets et encombrants » pour s’indigner de la présence d’objets.
    En fait, la présence des tentes ?
    Que ce soit rue de la Banque ou à Notre Dame…

  • Comme le théâtre commence par le portemanteau le livre commence par son titre lequel est dans ce cas vraiment saisissant dans son caractète pondéré comme on vient de remarquer ci-dessus. Et si le seul extérieur peut provoquer de sentiments pareils il ne reste qu’à deviner quelle force possède son intérieur.

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