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Aubert

  • Culpabilis Spectator


    Culpabilis spectator

    Le théâtre c’est une rencontre de constructions. Construction d’un lieu, construction d’une œuvre d’art et quand les deux fusionnent au moment de la représentation, la construction de l’esprit pour le comédien qui porte un texte et pour le spectateur qui lui porte son attention.
    Le théâtre c’est un univers à part, en bordure extérieure, qui renvoie l’individu à sa réflexion pour comprendre l’envers du décor de l’univers intérieur dans lequel il circule, dans lequel on le fait circuler. On parle de spectacle vivant comme pour mieux se convaincre peut-être qu’il ne pourra jamais mourir. Mais la mort peut également avoir plusieurs constructions. Que le théâtre vienne à trop en dire – puisque la culture suppose l’émancipation – et il conviendra de l’enfermer dans son verbe… Ceux qui cherchent à rendre le théâtre au peuple* pour qu’il se réveille, on peut les laisser faire du moment qu’ils font sans pouvoir. Entre l’affirmation d’un droit (comme la liberté d’expression par exemple) et l’exercice de celui-ci, il est facile de creuser un fossé de contraintes juridiques dans la plus parfaite des transparences démocratiques (qui s’est déjà enfoncé dans la lecture d’un journal officiel est capable d’en sonder la profondeur). D’autant plus facile que le peuple ne lit plus mais se saoule d’images télévisées glorifiant la niaiserie, la cupidité et la relation commerciale.
    Le théâtre n’y a d’ailleurs sa place qu’en commerçant comme il se doit. N’importe quel auteur est enfilable aux heures de grande écoute si il peut rentablement être pris en sandwich dans les démarches mercatiques des grands annonceurs.
    Triste spectacle pour le coup que la reculade d’un art racine de tant d’autres… Pourtant, malgré ce constat, le théâtre reste vivant, encore vivant, en recherche de sa moitié, de son spectateur miroir. Et parce qu’il est toujours debout, il est toujours dangereux pour qui voie en lui un fléau, un virus, une contamination subversive de l’esprit.
    Dans une société aux valeurs délicates comme la notre, il est facile d’imaginer le pire… démocratiquement. Imaginer un théâtre dont le cerveau ne répondrait plus, vivant à l’état végétatif qu’on ne débrancherait pas parce que l’euthanasie y resterait proscrite. Un théâtre de façade accepté comme tel, voulu et désiré comme tel dans lequel l’œuvre d’art n’aurait plus son mot à dire dans la mesure où son destinataire serait pénalement coupable d’aller vers elle. Culpabilis spectator est au théâtre ce que la parodie est à la justice quand la fiction rejoint la réalité. Pièce de théâtre imaginant un théâtre moribond, justice rendue au nom de l’injustice puisque les mots se manipulent dans l’interprétation d’un texte légal ou d’une œuvre de l’esprit à défaut d’être une œuvre d’art parce que, là encore, l’interprétation à son rôle à jouer dans la critique.

    * J’entends par là ces personnes simples qui viennent et s’en vont dans l’histoire sans qu’on la leur laisse le plus souvent l’écrire et quand ils viennent à le faire, on s’arrange alors toujours pour leur enlever la plume et la remettre dans les mains d’une avant-garde quelconque chargée d’affiner la rédaction .
    ISBN 2-915640-15-7 - 12 X 18 - 85 pages - 12 € Commander ? Cliquez ici > Vos livres vous seront expédiés sous 2 à 4 jours : 

    Je suis allé voir  un spectacle au Théâtre Daniel Sorano à Vincennes.                                                                                               

    Une complicité d’acteur face à un sujet grave ( Voyage commémoratif à Dachau ) qui laisse toutefois des espaces pour sourire et qui nous fait la vie devant nous...

    Malgré sa gravité, à respecter à jamais, le sujet aurait pu s’avérer banal : Julien, la cinquantaine, accompagne son père, ancien héros de la résistance, à Dachau pour un voyage commémoratif…Profitant de ce temps partagé durant le voyage ils font le point sur leur relation humaine et parentale. Mais, aussi reste-t-on activé et captivé par ces deux comédiens Jean Claude Bourbault et Laurent Collard qui nous portent et nous entraînent dans leur vérité, la vérité dénonciatrice nourrie du texte précis et volontaire de Gérard Aubert qui fait mouche et nous touche !

    D’ailleurs pour filer la métaphore : l’affrontement entre des deux comédiens, plutôt des deux personnages, serait bien de l’ordre des lois et des codes d’une partie d’escrime. Ces deux comédiens ferraillent à souhait, s’observent, se fendent, se piquent, se repiquent et font des pauses pour se pourfendre à nouveau dans un réalisme et une justesse de jeu qui nous comblent. Cette performance d’acteur est due probablement au solide maintien de la direction d’acteur de leur metteur en scène Sébastien Bernard. Ainsi les interprètes ne s’éloignent pas dans les plaisirs solitaires d’acteurs nombrilistes mais savent, et c’est le piège dans ce type de jeu réaliste, garder des distances pour se retenir d’aller glisser sur la pente savonneuse du pathos. Non ! Tout est contrôlé, retenu, sans nous frustrer de cette souplesse qui harmonise tout l’ensemble du spectacle en lui offrant une grande élégance qui lui est propre. Cette élégance transmet par mimétisme une dignité réellement très assise aux personnages. C’est probablement là que se situe la prouesse du travail. Il s’installe alors un jonglage subtil et méticuleux dû au mélange (Très schématique, certes ) des deux grandes techniques de jeu de l’acteur proposées par Brecht et Stanislavski. Autre élément sur lequel on peut également s’attarder dans ce travail d’acteur, c’est la complicité qui se tisse entre ces deux comédiens. Complicité totalement maîtrisée, puisque l’on est nettement sensibles au jeu des tensions possibles entre la complicité de l’acteur et celle du personnage. C’est un moment théâtral intéressant, c’est court, efficace et surtout pas démonstratif. Elèves comédiens, il faut y courir ! Et puis on y parle des drames et des joies de nos pères.

    «  Le voyage » de Gérald Aubert*, mise en scène de Sébastien Bernard, assisté de Frédéric Beaumont avec Jean Claude Bourbault et Laurent Collard.Théâtre Daniel Sorano. Vincennes 94. Jusqu’au 24 Février 2008 du mercredi au samedi à 20 h 45 et dimanche 16 h. Réservations :01 43 74 73 74.

    *Fils de mon excellente amie, Denise Foucard, Officier des Arts et Lettres, Légion d'honneur et Présidente d'honneur de la Fédération Nationale des Communes pour la Culture. Ses deux ouvrages "Des rires qui cachent des larmes"( 7000 ex ) et "Ce que femmes veut" (9000 ex)  furent publiés chez moi -;). Denise, 84 printemps, milite toujours et j'ai l'immense plaisir de siéger à ses côtés au Conseil d'administration de l'Institut d'Histoire Sociale du Val de Marne.

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