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  • Les banlieues

    Compte rendu thématique de la revue Espace et Société publié en décembre 2007

    Sur la mobilisation des « héritiers » postcoloniaux eux-mêmes et leur interprétation des émeutes, le livre de B. Girard, spécialiste des questions d’immigration et de discrimination, fournit une explication éclairante.

    L’« insurrection des jeunes de banlieue » aurait donné à une « nouvelle bourgeoisie – une petite bourgeoisie intellectuelle, en fait – issue de l’immigration, assoiffée de reconnaissance, l’occasion de sortir de l’ombre, de s’affirmer, de s’installer dans le paysage politique et médiatique ». L’accent mis de manière quasi obsessionnelle sur la question de l’invisibilité/visibilité des « minorités » pourrait effectivement trouver là un début d’explication.  

    Peu importe, en effet, que « la France invisible » des déclassés englobe des gens de toutes origines « ethniques », comme le montre encore un ouvrage récent, et que, dans la nuit de la paupérisation et de la marginalisation de masse, tous les chats ne soient pas forcément noirs ou basanés. En réitérant avec emphase que « les “immigrés” rendent visible l’inégalité par leur simple présence dans les espaces discrédités », c’est à leur propre situation d’individus ayant eu, à un degré moindre, à subir également des discriminations que les indigènes diplômés de la République font implicitement référence, même si, grâce à leur parcours scolaire – pour ne rien dire des stars du sport ou du show-biz appelées à la rescousse –, ils ont pu, quant à eux, accéder à la visibilité dans des lieux plus valorisants. Rien de tel, dès lors, que de mettre sur le devant de la scène la question du postcolonialisme français pour se mettre eux-mêmes en scène et jouir ainsi à leur tour de leur « quart d’heure de célébrité, que ce soit dans les salles de rédaction, les studios de la radio, sur les plateaux de télévision ou… dans les bureaux feutrés des maisons d’édition ».

    Forts de leur statut de représentants légitimes du « monde des cités », même s’ils les ont quittées depuis longtemps ou n’y ont jamais mis les pieds, sinon à titre de « personnalités » invitées à donner sens à la révolte qui en sourd, ils ont su tirer parti des événements pour livrer enfin au grand jour (etau grand public) une vision de ce monde conforme à leurs propres aspirations. Une vision rehaussée par l’aisance de cette élite rompue au maniement du verbe et à l’échange d’arguments, acquis dans les joutes oratoires des milieux universitaires ou associatifs, et qui pouvait d’autant plus séduire les auditeurs, téléspectateurs ou interlocuteurs, qu’elle contrastait avec la « révolte muette » des cadets déshérités aux prises avec la police.

    À l’instar des « Blancs » éduqués du siècle passé à l’égard de feu le mouvement ouvrier, qui se réclamaient de lui afin de faire passer leurs propres revendications, les membres d’une néo-petite bourgeoisie « rebeu » ou « renoi » scolairement dotée se veulent aujourd’hui les intellectuels organiques d’un mouvement anti-« postcolonial » plus ou moins fantasmé mais conforme à leurs voeux. Excipant d’une origine ou d’un destin postulés communs avec celui des « jeunes de banlieue en colère », cette nouvelle intelligentsia s’est présentée tantôt comme leur porte-voix tantôt comme meilleure experte de leurs frustrations, leurs ressentiments et leurs désirs pour exprimer ses propres desiderata.

    Aussi B. Girard est-il fondé à en déduire que ses membres les plus en vue ont « fait main basse sur les émeutes», qu’ils ont « détourné les violences à leur profit ». Désireux avant tout de se positionner en acteurs incontournables sur la scène politico-médiatique, et scientifique aussi, il est logique qu’ils n’aient pas placé la question sociale au centre de leurs interprétations puisqu’elle n’a guère de raisons de figurer au centre de leurs préoccupations. Cette propension à ethniciser la conflictualité sociale transparaît encore, bien que de manière plus subtile et plus sophistiquée – et quelquefois alambiquée –, dans le dossier de Lignes consacré au « soulèvement des banlieues ».

    Comme il fallait s’y attendre de la part d’une revue à dominante philosophique située « à gauche de la gauche » – tendance radical-chic –, il ne s’agit pas d’un dossier à charge contre les fauteurs de troubles, mais, au contraire, d’un plaidoyer principalement destiné à « montrer que les diverses raisons exposées à gauche pour se désolidariser de ces jeunes révoltés des nuits de novembre méritent d’être réexaminées, et qu’elles ne résistent pas à l’examen ».

    Or, si elle n’évacue pas totalement le soubassement socioéconomique des aspirations égalitaires implicitement portées par la révolte, cette déconstruction n’en privilégie pas moins la dimension « postcoloniale » voire raciale du tort fait à ces jeunes Français qui, du fait d’être parqués dans des enclaves socialement, culturellement et surtout politiquement déconnectées du territoire de la République, « ne sont pas à proprement parler des habitants de la France ».

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  • Plaidoyers pour l'immigration, ouvrons nos frontières !!!!

    (Plaidoyers pour l'immigration aux éditions Les Points sur les i), l'auteur démonte un à un tous les arguments de tous ceux qui mettent des barrages à l'entrée des étrangers qui souhaitent venir travailler chez nous.

    Il n'est pas vrai que les immigrés prennent le travail des Français, il n'est pas vrai non plus qu'ils coûtent particulièrement cher à nos systèmes sociaux. Et quant aux difficultés d'intégration, elles relèvent plus du fantasme que d'autre chose : les difficultés, lorsque difficultés il y a, concernent d'abord des jeunes gens nés et élevés ici, des jeunes français, donc, qui sont, par définition, intégrés.

    Cette déconstruction du discours anti-immigrés est nécessaire tant il est massif et dominant. Mais au delà, on peut développer toute une série d'arguments qui montrent que nous aurions tout intérêt à laisser nos frontières ouvertes.

    Cinq types d'arguments peuvent, je crois, être avancés en ce sens :


    Le premier tourne autour de la sécurité. La fermeture des frontières n'empêche pas l'arrivée de travailleurs étrangers, mais elle les force à entrer de manière calndestine, ce qui a trois effets : - cela conduit au développement de mafias spécialisées dans le passage de frontières. Le chiffre d'affaires de ces mafias, qui ont partie liée avec les trafiquants de drogue et d'armes, est considérable. Et plus le passage des frontières est difficile, plus il progresse, - elle favorise le développement de la délinquance fiscale (les salariés clandestins travaillent au noir dans des entreprises qui ne les déclarent pas et vendent leurs produits à des commerces qui eux-mêmes ne déclarent pas tous leurs revenus), - elle entretient tout un secteur qui ne respecte pas les droits sociaux élémentaires et viole en permanence le code du travail.

    Laisser les frontières ouvertes ferait immédiatement tomber ces mafias et faciliterait la lutte contre la fraude fiscale et contre les violations répétées du droit du travail. Ce dont nous serions tous bénéficiaires.

    Le second argument relève du marché du travail. On sait qu'il fonctionne mal, que les entrepreneurs ne trouvent pas les salariés dont ils ont besoin, que ceux-ci soient qualifiés ou pas : l'ouverture des frontières permettrait de piocher dans un marché beaucoup plus vaste et de trouver plus facilement les personnels dont on a besoin.

    Le troisième argument se situe à la jonction entre marché du travail et marché de l'innovation. Lorsqu'ils sont diplômés, les travailleurs immigrés ont un handicap réel : ils maîtrisent mal la langue, ont des diplômes qui ne sont pas toujours acceptés. Ils doivent donc mettre leurs compétences, leur savoir-faire au service d'activités que des professionnels autochtones négligent. Or, ce sont ces "pas de coté" qui sont à l'origine de la plupart des innovations. Le succès d'Israel dans le domaine des biotechnologies tient, pour beaucoup, à la présence d'un très grand nombre de médecins formés en Russie qui ne peuvent exercer la médecine, faute de maîtriser parfaitement l'hébreu, mais qui peuvent utiliser leurs compétences dans de nouveaux domaines.

    Le quatrième argument tient à la création de liens commerciaux avec les pays d'origine. Les immigrés ne coupent pas tout lien avec leur pays d'origine. Ils sont souvent les mieux armés pour créer des relations commerciales entre pays. Lorsque ces pays connaissent un fort développement, comme c'est aujourd'hui le cas de la Chine ou de l'Inde, l'existence de ces liens favorise les relations commerciales et les échanges dont tout le monde profite.
    Enfin, et c'est le cinquième argument, l'ouverture des frontières devrait rapidement contribuer à réduire les inégalités entre pays riches et pays pauvres. C'est ce qui s'est produit au début du 19ème siècle, lors de la première phase de mondialisation. C'est ce qui se produirait si l'on ouvrait aujourd'hui les frontières. Deux mécanismes devraient contribuer à cela : - pour éviter que l'ouverture de nos frontières n'entraîne une trop rapide fuite des bras et des cerveaux, les pays d'origine (et les industriels qui y sont installés!) auront intérêt à réduire les écarts, à augmenter les salaires, à rapprocher les systèmes sociaux (alors qu'aujourd'hui, c'est tout le contraire!), - l'amélioration des conditions de vie dans les pays de départ favorisera le retour des cerveaux qui pourront contribuer au développement de ces pays.


    On le voit de nombreux arguments militent en faveur d'une ouverture aussi complète que possible de nos frontières. S'ils sont aujourd'hui encore peu connus, ils ne sont pas sans rappeler ceux avancés pour justifier la levée des obstacles au commerce des biens.

    Bernard Girard

    Philosophe de formation, Bernard Girard suit depuis quelques années de très près les développements de la théorie économique.

    Auteur de plusieurs articles sur les discriminations et l’immigration, il tient une rubrique économique hebdomadaire sur AligreFM 93.1

    ISBN 2-915640-00-9 - 150 X 210 - 214 pages 20 € Commander ? Cliquez sur le lien dessous (livres à lire ) Vos livres vous seront expédiés sous 2 à 4 jours : Dans la lilmite des exemplaires disponibles..

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