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  • C'est le bloc-notes de Langlois

    C'est toujours bien le bloc-notes de Langlois mais là c'est encore mieux : Cliquez sur la vignette pour mieux connaitre Politis arto5fddf.jpg

    Un an

    Chaque fois que j’entends le mot « reprise », je pense à cette maxime rigolote qu’affectionnait, paraît-il, la grand-mère corrézienne de Jacques Chirac (on la trouve aussi dans une chanson de Chelon, ce qui ne nous rajeunit pas) : «  Il faut mépriser les hauts et repriser les bas ! » La reprise de la parution de Politis après la trêve estivale commande aussi celle de ce bloc-notes, puisqu’il semble que vous n’en soyez point encore lassés : alors encore une année scolaire à jouer avec les mots d’une actualité qui le plus souvent m’insupporte par son caractère répétitif, en m’efforçant pourtant de lui trouver un sens : après quoi, promis, j’arrête. Je suis retraité, après tout ! [Et à propos de ce plaisir qu’on prend à jouer avec la langue, je vous recommande le dernier roman de Jacques A. Bertrand, jongleur bien connu des amateurs – déjà une quinzaine de bouquins à son actif – et des auditeurs des « Papous dans la tête » (le dimanche sur France Culture), neveu littéraire de Vialatte, petit cousin de Desproges et – pourquoi pas ? – lointain descendant de La Bruyère : les portraits qu’il brosse de ses contemporains (des nôtres et de nous, donc !), la façon qu’il a de croquer leurs (nos) travers, manies, fantasmes, la drôlerie de ces courts chapitres enlevés de main légère vous aideront à supporter la fin de l’été qui s’annonce et la « reprise » du collier, déjà effective pour beaucoup  [1].]

    Colères

    « Mépriser les hauts » : ce ne sont certes pas les occasions d’en dispenser (du mépris) qui auront manqué cet été, même si un autre aphorisme nous en suggère l’économie  [2]. Comment ne pas les mépriser, ces hommes d’argent, ces banquiers sauvés de la faillite par nos impôts et qui, à peine requinqués, reprennent les acrobaties financières qui ont généré la crise mondiale ? Comment ne pas mépriser ces patrons qui continuent de mener grand train tout en biffant d’un trait de plume l’avenir de centaines de salariés ? Comment ne pas mépriser ces politiques qui prétendent réformer le capitalisme mais maintiennent intacts les privilèges de leur caste ? Comment ne pas mépriser cette ministre des Finances qui se répand sur les ondes pour chanter la bonne nouvelle de la « reprise », au prétexte d’un léger frémissement à la hausse qui sera démenti demain (Mme Lagarde, faisons-lui cette grâce, a fait de gros progrès en communication : elle est, dans son expression, moins caricaturale de la grande bourgeoise qu’à ses débuts ministériels ; elle n’en est pas plus crédible pour autant en annonçant une « sortie de crise » imaginaire) ? Comment ne pas mépriser ce renégat du PS devenu ministre des expulsions qui ne cesse de proclamer son respect des libertés et des droits de l’homme (intelligent, ce M. Besson, sans doute, et promis à un bel avenir : on commence à parler de lui pour Matignon… Mais quel cynisme !), alors que ses services ne cessent de démanteler des familles, de désespérer des enfants nés sur notre sol ? Et que dire de ces dirigeants syndicaux devenus de simples auxiliaires du pouvoir au lieu de prendre la tête de leurs troupes dans un combat frontal, comme savent le faire les syndicalistes de Guadeloupe ou de Nouvelle-Calédonie ? On se souvient que c’est autour de cette question de la défaillance (pour ne pas dire la trahison) syndicale au sommet que nous nous étions quittés en juillet. Au plus fort de l’été, le responsable CGT de l’équipementier automobile du site Continental de Clairoix (les fameux Conti, qui se sont battus comme des lions pour obtenir des primes de licenciement convenables) n’hésitait pas à dénoncer la passivité de son leader sur les ondes de France Info : «  Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille », disait Xavier Mathieu, qui a depuis atténué ses propos : « Je n’aurais pas dû sortir “racaille”, connoté Sarkozy, mais dire plutôt “parasite”. » Correction mineure, comme on voit ! Combien sont-ils, dans les boîtes sinistrées, à partager cette opinion, à vibrer d’une même colère ?

    Solidarités

    « Repriser les bas » : c’est tout ce qui fait contrepoids à cette arrogance des arrivistes et des arrivés du haut de l’échelle. Ce qui fait qu’on ne désespère pas de l’homme. Je pense aux solidarités concrètes, aux engagements sans calcul, à toute cette bonne volonté militante et bénévole qui s’exerce sans tapage, loin des « pipoles » et des projos de la vanité ordinaire ; par exemple, à ceux qui consacrent du temps et/ou de l’argent à maintenir en l’état (à « repriser » !) tous ces filets de sécurité bénévoles sans lesquels la société française serait plus déchirée encore qu’elle ne l’est : lieux d’hébergement et d’accueil, et autres Restos du cœur, dont on peut être sûr qu’ils vont être plus sollicités que jamais dès la froidure venue. Mais aussi ces opiniâtres de RESF  [3], qui restent à l’affût dans toute la France des dénis de justice envers les immigrés menacés d’expulsion et tentent de retarder ou d’empêcher, parfois avec succès, leur reconduite expéditive et musclée ; ou ces militants calaisiens qui, au risque de tracasseries policières et judiciaires, aident les centaines de clandestins candidats au passage (en Angleterre), dans leur détresse et leur dénuement insupportable… C’est aussi à « repriser ces bas », en relayant leurs engagements, que doit servir une presse alternative comme Politis, ou comme ces sites, ces blogs, ces réseaux sur la Toile où circule une information qu’escamote ou maltraite une presse rongée par le conformisme  [4]. Enfin, je crois.

    En boucle

    En politique, ce fut la scie de l’été : le PS se meurt, le PS est mort. Chantée d’un bout à l’autre de la scène par un chœur dont l’inévitable Bernard-Henri Lévy fut le coryphée inspiré  [5]. Les continuelles querelles de chefaillons, les ambitions proclamées et concurrentielles des un(e)s et des autres, l’impression générale d’une dérive collective nourrissent ces avis de décès répétés en boucle. Avec en face, il faut bien le dire, le machiavélisme du Prince qui, malgré sa petite défaillance de coureur à pied impénitent, ne cesse de brouiller les cartes et d’embrouiller les esprits avec un indéniable savoir-faire. Donc, le PS est mort.

    Remous

    L’affirmation est à la fois juste et stupide. Nous la dirons juste si on la rapporte à l’adjectif « socialiste », tant cette formation politique héritière (abusive) de l’idéal jaurésien n’a plus rien à voir avec lui : si ce n’est cette captation ripolinée à chaque échéance électorale, oubliée entre deux ; cette bannière mitée qu’on brandit encore dans les défilés, aussitôt roulée dans un placard ; cette défroque usée qui sert encore sur les tréteaux, remisée dès qu’on est au pouvoir. Mes lecteurs savent que je me refuse pour ma part à servir à ce parti du : « socialiste », et ne l’appelle plus que : « solférinien », ce qui est pratique tant qu’il n’a pas déménagé ! Le PS est donc bien mort en tant que socialiste, il n’est que de considérer les profils, comportements, modes de vie de ses grands notables (leurs « habitus de classe », comme pourrait dire Bourdieu) pour s’en persuader. Et tant pis pour ceux de ses militants qui continuent d’y croire, sans rien en attendre pour eux-mêmes, les purs : les cocus sont toujours les derniers prévenus de leur infortune.

    Mais l’affirmation est stupide si c’est au parti lui-même qu’on pense, non à ce qui le qualifie : en tant qu’organisation politique, le PS a encore de beaux jours devant lui. Il règne sur la quasi-totalité des régions, un nombre imposant de départements, une palanquée de villes grandes et moyennes. Il ne perdra pas ces positions du jour au lendemain. Ce solide maillage, forgé au feu d’un clientélisme éprouvé, voire d’une gestion honorable, subira probablement quelque érosion lors des prochains scrutins : pas assez pour modifier en profondeur une géographie politique qui ne bouge que lentement ; au point qu’on a pu soupçonner les grands élus locaux de s’accommoder assez bien des insuccès de leur parti aux scrutins nationaux, pourvu que soit préservée leur suprématie territoriale. Ce n’est du reste pas l’avis de ceux qu’on appelle (abusivement, ils frisent plutôt la cinquantaine) les quadras, et qui sont pressés de goûter au charme des palais nationaux. Alors que s’ouvre la traditionnelle université de La Rochelle, après des remous de courants plus agités que jamais (je suppose qu’on vous en touche deux mots par ailleurs), on sent se profiler comme une grande alliance allant de Robert Hue à Bayrou en passant par Cohn-Bendit, dont le PS formerait le ventre (mou). La martingale pour battre Sarkozy en 2012 ? Certains y croient. Mais aller au pouvoir pour y faire quoi ?

    Chansons

    Il est une autre façon de « repriser les bas », les gens d’en bas, et donc de ne pas les mépriser, c’est de leur donner de la joie, du plaisir, en les respectant assez pour – dans le domaine des arts, du divertissement, du spectacle – ne pas leur servir de la soupe ou du brouet. Prenez un Brassens, par exemple, l’un des très, des plus grands de la chanson française d’après-guerre : il n’hésitait pas, dans son amour de la langue, du mot juste, et son respect du public, à user de références, de formules et d’un vocabulaire parfois difficiles ou désuets. Il ne se disait pas : je ne dois pas employer ce mot-là, ces cons ne vont pas comprendre. Il y a des dictionnaires pour ceux qui veulent comprendre, quand une locution leur échappe. Et il y a même, figurez-vous, un dictionnaire Brassens qui vient de sortir, et qui recense des centaines de mots goûteux, gouleyants, d’expressions rares ou même détournées qui peuvent paraître un peu absconses à certains : eh bien, allez donc y voir (si vous ignorez ce qu’est une ribaude, une maritorne ou un fesse-mathieu), c’est drôlement bien fait ; et ça complète un autre volume paru précédemment chez le même éditeur (le département chansons y est tenu par un confrère compétent et scrupuleux, Jean-Paul Liégeois) qui recense les œuvres complètes (dont beaucoup d’inédites) de notre tonton Georges  [6]. Pour faire bon poids, Liégeois m’envoie aussi un Cabrel de bonne facture (« Quand j’écris, je pense toujours à Brassens. […] Je respecte les artistes qui ne vendent pas leur âme. » Moi aussi). À déguster dans une cabane, au fond du jardin…  [7]

    Notes

    [1] Les autres, c’est rien que des sales types, Jacques A. Bertrand, Julliard, 135 p., 15 euros.

    [2] Chateaubriand : « Il faut être économe de son mépris, tant sont nombreux les nécessiteux. »

    [3] Pour les joindre et recevoir la liste de diffusion : resf.info@rezo.net et http://www.educationsansfrontieres.org.

    [4] À propos, allez faire un tour chez Bonnet (Plume de presse) qui a des démêlés avec la justice… Besoin de soutien.

    [5] « Le PS est dans la situation du PC de la fin des années 1970, quand la désintégration s’amorçait et qu’on tentait de la conjurer par des formules incantatoires sur – déjà – la “refondation”, la “rénovation” […]. Il est mort. Personne, ou presque, n’ose le dire. Mais tout le monde, ou presque, le sait. Il est comme le cycliste d’Alfred Jarry qui pédalait alors qu’il était déjà mort. Ou comme le chevalier d’Italo Calvino dont l’armure était vide. Il est mort. » (Interview au JDD du 19 juillet).

    [6] Les Mots de Brassens, petit dictionnaire d’un orfèvre du langage, Loïc Richard, le Cherche Midi, 360 p., 15 euros. Et aussi, même éditeur : Georges Brassens, œuvres complètes (mars 2007).

    [7] Francis Cabrel, C’est écrit, chansons choisies, édition établie, présentée et annotée par Jean Bonnefon, le Cherche Midi, 153 p., 15 euros.

  • La critique

    J’ai travaillé mes distances pour prendre le recul nécessaire afin d’observer la java des lettrés sans en avoir l’air. Pas une création qui n’échappe à leur analyse échafaudée en toute neutralité à l’ombre du grand inquisiteur médiatique. Et c’est sûrs d’eux-mêmes, de leur prestance, de l’aura de leurs savoirs emmagasinés, compartimentés, pressés par les sondages d’écoute, qu’ils se prononcent sur l’artiste et lui annoncent, avec l’exactitude d’une aiguille en avance sur le soleil, son espérance de vie. Ces acrobates de la pensée sélective turbinent à aviser le public pour qu’il place son attention au mieux de son intérêt. Et ce placement là, ça vous occupe la cervelle. Ladies et Gentlemen prétentieux à la ligne flatteuse ou assassine masquant une fiche de paye, un patron, des directives, ces saintes personnes dans leur domaine font la pluie et le beau temps comme ces modes qui passent dans la joie de la vente éternelle qu’ils servent, au besoin, en fidèles laquais… Modes, modèles, modeler, ou la dictature du sens giratoire, du sens interdit, du sens obligatoire, de la conduite accompagnée. Moi, je refuse de conduire pour aller là où on me dit d’aller et encourage la petite frappe sans attache quand il crève les pneus de la pensée de l’année qui a eu l’imprudence de stationner aux abords de son être pour mieux s’en inspirer. Lui, c’est avec ses tripes qu’il parle parce que c’est là et pas ailleurs que se nichent la colère, le mal, la conscience humaine. Cette conscience qui n’est pas l’apanage des gratinés de la réflexion que la faim au ventre ne taraude pas plus que quelques instants avant de passer à table et dont les décomptes de banque glorifient à dates fixes la position. Ils sont à l’esprit ce qu’un feu tricolore est à un carrefour. Quand ils annoncent la couleur, on la respecte en général. Il reste que tôt ou tard il y en a toujours un pour griller le rouge avec un doigt d’honneur en illustration de l’acte.

    De celui là je suis compagnon désobéissant à cette logique démocratique du chacun son tour dans un ordre donné comme sur le Titanic où les troisièmes classes attendent encore, au fond, qu’on vienne les chercher.

    Combien sommes-nous à cavaler dans nos doutes avec la création au bout de la révolte ? Cette révolte qui t’embarque rue Mouffetard et te dépose rue de Grenelles en accord avec la représentation nationale…

    Cher auditeur, cher téléspectateur, cher internaute, cher micro-ondeur, ce soir nous recevons celui qui reste le symbole du renouveau de la nouvelle cuisine littéraire : Zébulon de la Gratte dont le discours sur le discours publié simultanément chez Gallimort, Grassouyet et Talbin Michel, est numéro un au box office des meilleures ventes printemps-été de l’an x…

    Gilbert Moreau

     

     

     

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