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internement

  • Dans la nuit de Bicêtre

    51efcbb4a4ded992c60e8e00f1147255.jpg Beaucoup de monde ce mardi 15 autour de Marie Didier pour la présentation de son merveilleux livre "Dans la nuit de Bicêtre"*, (Prix Jean-Bernard de l'Académie de médecine 2006.) Le café littéraire "Entrez sans frapper" fait de plus en plus d'adeptes. Soirée conviviale qui se termine toujours autour d'un plat, histoire de prolonger la soirée... Hier soir c'était dans la salle du Réservoir à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre, lieu symbole pour une soirée autour des fous au XVIII° siècle et des traces qu'ont laissé Jean-Baptiste Pussin** et Philippe Pinel. 6f9a912d513c3fa2bd944eaae8d32d14.jpg

    *Editions Gallimard 2006

    **"Taciturne, secret, toujours obscur (l'histoire officielle ne s'étant pas privée de t'effacer simplement des étagères glorieuses allant jusqu'à écorcher souvent l'orthographe de ton nom), j'ai guetté la trace en apparence la plus insignifiante de ta vie. Le détail le plus fugace devenait pour moi lueur dans les ténèbres de ton existence. Tu as connu la maladie, les humeurs froides comme on disait alors en parlant de la tuberculose qui a mis ta vie en péril ; j'ai séjourné plusieurs années en sanatorium où j'ai failli mourir. Tu es devenu soignant ; je suis devenue médecin. Là s'arrête ce qui nous unit, mais plus tard, en avançant vers toi, je découvrirai autre chose qui me fera ne plus vouloir te quitter : par esprit de survie, par nécessité, par intelligence, par compassion innée, tu as su prendre des chemins difficiles, de ceux que presque personne jusque-là en France n'avait osé fréquenter."

     

  • Dans la nuit de Bicêtre

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     Exceptionnellement, notre prochaine soirée se tiendra au réservoir de l'hôpital du K.B.
    Nous recevrons Marie Didier pour son ouvrage "Dans la nuit de Bicêtre". Nous devons rendre la salle nettoyée à 22h00 aussi nous commencerons la soirée à 19h30.

    *

    Bien sûr l'anonymat a recouvert la plupart d'entre eux, et dire le nom est déjà un acte de résurrection : ici nous découvrons avec elle " Jean-Baptiste Pussin ", le nom est demeuré sur quelques pages oubliées, accompagné de quelques informations, rares, épisodiques. À partir de ces quelques bribes, Marie Didier et elle rejoint là l'impératif de cette belle collection réinvente une existence et approche une âme, en même temps qu'elle s'interroge sur ce qui la pousse, elle, à s'y consacrer ainsi, pendant des mois, alors que notre monde, au dehors, l'appelle et la tourmente. " Qu'ai-je besoin d'ajouter à la misère des camps de Guantanamo, des orphelinats roumains, des bidonvilles de Bombay ou de Sao Paulo celle, dramatique, de Bicêtre il y a à peine deux cents ans ? " Sans doute une sorte d'identification profonde unit-elle la narratrice, elle-même médecin, à cet homme qui fut un des premiers à considérer comme ses semblables des êtres en proie à la souffrance ou à la folie, mais que l'on peut soigner, tenter de comprendre, d'aider : " Tu viens de découvrir en toi une chose éblouissante, secrète, qui ne s'apprendra ni dans les écoles, ni dans les universités, qui a été et sera bâillonnée longtemps, qui va bouleverser ta vie et celle de tant d'autres : tu aurais pu être pareil à ces fous. Ils auraient pu être pareils à toi. " Nous découvrons alors les tentatives tâtonnantes de ce premier soignant en ces temps bousculés, révolutionnaires : " ramassé un soir dans une venelle de Paris ", à 26 ans, en 1771, un " paquet d'écrouelles encore purulentes " au cou, il lui faudra de longues années avant que d'éveiller la confiance de ceux qui ne sont encore, dans ces hospices, que des geôliers et devenir portier de Bicêtre puis, en 1780, " chef de la division des garçons enfermés du Bâtiment neuf ". Pendant la Révolution, après s'être marié, devenu " gouverneur du Septième Emploi " (un des secteurs de cette sorte de ville de plus de trois mille habitants qu'est Bicêtre), il travaillera avec Philippe Pinel, premier aliéniste, qui saura s'inspirer de certaines de ses méthodes et surtout de son inaltérable attention, vigilante et empathique, envers les malades.

    Se fondant sans doute sur un long travail de recherche documentaire, mêlant citations et réécriture, Marie Didier nous plonge dans ce monde à la fois violent et en gestation, nous décrit avec force les enfants de 8 ou 10 ans condamnés à perpétuité, la " cacophonie infernale " de " la cour des Fous " et les cachots où tout est conçu pour " ne laisser aux prisonniers qu'un genre de vie qui leur fasse regretter la mort " ainsi que le dénonce Malesherbes. Nous croisons Latude, prisonnier-symbole de la Bastille, les " envoyés du peuple " assommeurs de septembre 92, ou encore le bon docteur Guillotin venant essayer sa machine qui procurera, assure-t-il, une mort sans douleur : " à peine si on a le temps de ressentir une certaine fraîcheur ". Toutes ces pages, vibrantes et réfléchies à la fois, parviennent ainsi à illustrer la devise inscrite au-dessus des grilles de cette " forteresse du désastre " : " Respect au malheur.

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