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  • L'écriture est un exercice spirituel, elle aide à devenir libre.

     Voici.... ce que j'ai reçu. Avec l'accord de l'auteur(e), je vous livre son texte.

    "Coincée entre le flux rapide des voitures qui remontent la nationale, et les boutiques discount qui débordent de canapés et de fripes jusqu’au milieu de trottoir. Un peu agressée par la pollution, j’avance en regardant droit devant moi. Arrivée à destination, j’ose lever les yeux vers le ciel. A l’arrière du combat, des immeubles solides, osant même un balcon, contemplent la route avec nonchalance. La tête dans les nuages, ils veulent bien oublier qu’ils auraient pu regarder la mer. Un étage de bureau, extension un peu discordante, s’avance sur le devant. Un panneau affiche « à louer », les stores claquent sous un courant d’air, et j’ai peur tout à coup que mon hôte ait déménagé précipitamment.
    On rejoint les bureaux par un ascenseur privé. Par comparaison, je pense aux maisons du 16ème. Portes cochères et pas feutrés sur des marches d’escalier en velours rouge. Les étages où l’on doit chuchoter, les femmes qui se croisent en essayant d’étouffer le bruit de leurs talons, et les grands couloirs où le parquet craque. Il ne s’agit pas de cela ici. Pourtant l’ensemble de ces discordances ressemblent à quelque chose. La rue, les femmes et hommes de toutes origines, le panneau « les points sur les i » collé sur l’ascenseur, dessinent les contours de mes origines populaires. J’entends ma mère qui me souffle : « la culture ouvrière existe, contrairement à ce qu’ils disent…. ». Le bouton sur lequel j’appuie pour monter à l’étage, a le goût d’une aventure.
    La porte s’ouvre sur un couloir étroit. Je longe une cloison. En guise d’amuse-bouche, les papillons multicolores d’une entreprise de prospectus s’offrent sur un présentoir. Formes volages de la société de consommation. Je frappe à la porte du bureau, personne ne répond. Je m’assois sur un banc, me sens un peu seule. Derrière moi, une personne de la société voisine, passe et repasse, formant une ombre chinoise sur la paroi. Alain arrive, s’excuse de son léger retard et me conduit gentiment vers ses locaux.
    Je pense au bureau d’un détective privé. Je pourrais m’asseoir et demander des nouvelles d’une personne disparue, ou plus vraisemblablement d’une partie de moi-même qui m’aurait échappée. Je ne suis même pas sûr qu’Alain serait surpris, il écouterait attentivement puis glisserait avec tact vers d’autres sujets. Dans son dos les cadres de luttes passées. Nul doute qu’Alain devait y être. J’imagine des choses assez violentes, sociales et personnelles, qu’il lui a fallu digérer. Des affrontements éclataient dans la rue, se jetaient contre les portes. Comme dans un rêve, le passé s’est glissé par la fenêtre,  et s’est  rangé sagement dans les cadres qui ornent son bureau. C’est du tas de manuscrits empilés contre le mur que s’élèvent maintenant les plaintes. A travers les récits s’échappent les soupirs des personnes que la vie a blessées. Alain, gardien attentif, veille sur ces curieux moutons. Il n’y a pas de fausses notes, ni de vides ou de silences entre lui et sa fonction. Il emplit entièrement le lieu par sa personnalité.

    Alain parle aux gens directement, ce qui est une qualité rare. Certainement parce qu’il ne juge pas ses semblables. Peut-être parce qu’il est plus libre. Ou  parce qu’il a moins à perdre.

    Le rendez-vous se termine, je sors sur la rue. Dehors j’avance plus tranquille. J’ai reçu un regard de plus pour comprendre "la ville."

    Anne

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