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  • Migrants de Calais

    Bonjour à tous,

    Un certain nombre de personnes ont été intéressées par la création d'un collectif de surveillance policière et d'assistance aux migrants pour Calais,(nom à déterminer) alors je viens relancer l'idée pour que cette organisation puisse être mise en place pour la rentrée à venir. Il s'agirait de mettre en place une grille de disponibilité pour chaque mois, sur laquelle les gens motivés s'inscriraient en fonction de leur temps libre, afin que des militants soient présents en permanence sur la scène calaisienne.

    Chaque dernier vendredi du mois, une réunion des personnes du collectif permettrait de faire un bilan du mois passé, d'établir la grille pour le mois à venir et de rédiger une chronique de la situation pour les migrants de Calais. Lors de ces réunions, nous évoquerons les nouveautés et ferons un état des lieux,et nous pourrons également faire naître de nouvelles initiatives, comme par exemple un soutien effectif à l'association Le Grand Mi qui fournit des vêtements aux associations calaisiennes.

    L'objectif premier du collectif est donc de faire acte de présence sur la scène calaisienne, auprès des migrants comme des associations, afin que d'autres bénévoles que ceux de Calais s'investissent. Les bénévoles de Calais ont besoin de ce soutien, mais également et surtout les migrants. Etre omniprésent, c'est aussi montrer à la police qu'on est mobilisés et la dissuader de faire n'importe quoi.
    Il s'agirait donc d'accompagner au mieux les migrants dans leur vie quotidienne et leur montrer qu'ils ne sont pas enfermés dans leur microcosme, qu'on peut rendre leur séjour à Calais moins difficile. Sympathiser avec eux,manger en leur compagnie, leur apporter de la musique, les accompagner sur la route de leurs squats... Pour ceux qui s'en sentent la force, il s'agirait également de faire 'bouclier humain' face aux forces de police, sans rentrer dans la confrontation, mais en contestant systématiquement leurs agissements et en prenant des images de leurs activités...

    Les réunions permettront de mettre au point l'approche juridique du collectif, c'est à dire de mettre à disposition de chacun les textes de lois et saisines de la commission de déontologie qui permettent de filmer les forces de l'ordre, mais aussi peut-être, avec l'aide de traducteurs, des brochures à l'adresse des migrants pour les informer sur leurs droits et sur la situation politique française (j'ai constaté au cours de mes séjours qu'ils demandent souvent à savoir où en sont les politiques vis-à-vis de leur situation).

    Je vous prie de ne pas prendre à la légère cette initiative et de me répondre au plus vite sur votre participation. Dans la mesure où les politiques s'opposent à la création d'un centre d'accueil pour migrants et que la chambre des Lords et les officiels anglais font pression sur la France pour colmater la passoire, il faut s'attendre à ce que la situation des migrants s'envenime. Bref, il faut réagir VITE !!

    JE VOUS PROPOSE DONC DE ME JOINDRE PAR MAIL zanuda@live.fr OU AU
    06.08.18.06.20 pour me faire part de votre participation. Lorsque j'aurai un petit groupe constitué, je fixerai une date de réunion avant l'été.

    CET APPEL S'ADRESSE A TOUTE PERSONNE INTERESSEE, DE LILLE OU D'AILLEURS ! A FAIRE SUIVRE...

    Bien à vous,

    CEDRIC

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  • Cédric en signature à la Mouette

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    Débat autour du livre "Tomorrow England" Cédric signe son livre aujourd'hui à Calais lieu où son livre se situe. Grand succès, l'ouvrage est très demandé, la qualité de l'auteur doit y être pour quelque chose -;)

    « Tu sais ce que représente pour nous la prise d’empreintes digitales par les pays d’Europe ? Cela représente le marquage au fer rouge qu’on faisait aux esclaves d’autrefois. Nous avons toujours été et sommes encore les esclaves de l’Europe. L’Italie a mes empreintes, alors je suis l’esclave de l’Italie. J’ai une immense peine dans mon cœur. » Extrait de Tomorrow England !

    Le mardi 18 mars à la crêperie tonnerre de Brest, Place d’Armes à Calais - A 19h30

     

     

  • Tomorrow England

    Cédric a encore de la presse après France 3 voici La voix du Nord et les réseaux associatifs qui en parlent également...52a48e964c6dd411aa499a18184c9976.jpg France Terre d'Asile, ( Préface de Pierre Henry, Directeur Général) mais aussi les assos sur le terrain en Nord Pas de Calais et bien au delà !

    Cliquez sur cette photo11a623819f9f328d880baba2a0302bfe.jpg

     

    Un livre unanimement salué !

  • Une lectrice, un mot, un jour ...

    Bonjour et merci beaucoup pour l’envoi très rapide de ma commande !!!

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    Je suis très contente d’avoir ces bouquins,  participant moi-même très régulièrement à la distribution du midi, à Calais…

    Je suis encore plus contente de voir au Verso du livre ,  Cédric et Safiullah…  Ce dernier est maintenant en Suède, il a des papiers, il est heureux et donne régulièrement des nouvelles… 

    Pour d’autres, c’est évidemment l’Angleterre, où ils y vivent bien,  sans la panique des bombes ou des régimes extrémistes de chez eux…   Hors du quotidien calaisien également…   Quotidien à la longue, décourageant, violent et tellement inhumain…

    Mais la force de vie que les migrants transmettent à tous ceux qui partagent leur existence, de loin , de près , une minute, une heure ou un mois,  cette force est comme un sceau qui marque définitivement….

    Les migrants  n’oublieront jamais tous ceux qui les aident à vivre au mieux,  mais ces derniers n’oublieront jamais ces voyageurs du bout du monde,  si fragiles et si forts à la fois….   

    Tant à dire…           Très cordialement,  E.M

  • Dans l'enfer des clandestins de Calais

    Dans l’enfer des clandestins de Calais

    Les migrants vivent dans des conditions terribles, qu’ils supportent dans l’attente du passage vers leur eldorado anglais. Reportage.

    Les migrants vivent dans des squats ou dans des cabanes construites avec du matériau de récupération. 
    Les migrants vivent dans des squats ou dans des cabanes construites avec du matériau de récupération.  Photo: Damien Dubuc

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    Pour se réchauffer, les réfugiés brûlent du bois mais aussi des sacs plastiques et du polystyrène. 
    Pour se réchauffer, les réfugiés brûlent du bois mais aussi des sacs plastiques et du polystyrène.  Photo: Damien Dubuc
    Et aussi
    En plein centre de Calais, à 300 mètres de la mairie et de ses six bourgeois, une ancienne scierie abandonnée. On entre dans le hangar par une brèche dans la tôle. Le long de l’immense mur, une quarantaine de matelas sont alignés. Çà et là, des femmes emmitouflées dans des pulls et des manteaux émergent des couvertures. Dans la pièce à côté, des hommes font brûler du polystyrène et des sacs plastiques pour se chauffer. En tout, une cinquantaine d’Erythréens et quelques Ethiopiens squattent là, en attendant leur passage en Angleterre. Depuis plusieurs mois pour certains d'entre eux. Il est 11h, ils se réveillent de leur nuit passée à tenter de franchir la Manche, sous un camion.  

    Les 400 réfugiés présents actuellement aux alentours de Calais ne tentent pas tous leur chance chaque soir. Mais, d'après les associations - en dépit de mesures de sécurités draconiennes sur le port - chaque semaine, entre 60 et 80 d'entre eux parviennent en Angleterre.  

    « Vie de chien »

    Dans le hangar, Mike est fatigué. Pas seulement de sa nuit mais de cette « vie de chien ». « Même les chiens sont mieux traités que nous », insiste Sami. Le jeune homme de 27 ans est en rade à Calais depuis cinq mois. Voilà quatre ans qu'il a quitté l'Erythrée et n’a plus un sou pour payer les passeurs qui réclament entre 400 et 1000 euros, pour un résultat très incertain. De toute façon, « je n’ai plus la force de m’accrocher à un camion ». Il a déjà perdu une dizaine de kilos.  

    D’ici une demi-heure, avec ses compagnons d’infortune, il va se diriger vers le « terrain », de l’autre côté de la mairie, point de rassemblement pour la distribution de nourriture. Un terrain vague où l’eau croupit dans des trous. Rien pour s'asseoir ni poser son repas. Rien non plus pour s'abriter du vent fort et de la pluie. Alors, on se réchauffe autour de palettes en feu, qui servent aussi à griller du poisson frais posé sur du grillage arraché à la gendarmerie fluviale, tout à côté. Chaque vendredi, Maïté, une bénévole de l'association Salam, rapporte du poisson qu’une entreprise de Boulogne-sur-mer ne peut vendre car mal calibré. De quoi tromper la faim avant le repas du midi.  

    Quatre douches pour 400  
    C’est aussi au « terrain » que la camionnette du Secours catholique vient chercher les migrants désireux de prendre une douche. Il n’y en a que quatre dans Calais, dans le local de l’association. Un groupe attend sous la pluie. Puis c’est la cohue pour grimper à bord. A chaque rotation, huit seulement pourront grimper. Les migrants prennent en moyenne une douche par semaine. Les autres jours, ils doivent se contenter de l’eau des flaques pour se débarbouiller.  

    14 heures. Une autre camionnette arrive, c’est celle de la Belle étoile. L’association (qui fait partie du collectif C' Sur avec le Secours catholique et le Secours populaire) distribue ce midi un repas chaud : du riz et de la viande, accompagné de thé brûlant. Pour la distribution, deux queues se forment : les Africains d’un côté (Soudan, Erythrée, Somalie, Ethiopie). De l’autre, Afghans, Kurdes, Irakiens, Iraniens attendent leur tour. Ces groupes ne se mélangent pas.  

    Dans la jungle polluée

    Accroupis, le repas est vite expédié. Par petits groupes, les réfugiés rentrent dans leur campement de fortune, « at home », disent-ils. Et pourtant, leur « maison », c’est aussi la « jungle », nom qu’ils ont eux-mêmes attribué à la forêt dans laquelle ils se cachent, dans la zone industrielle - classée Seveso. On entre par l’un des trous du grillage sur le site de Tioxyde, une entreprise chimique. Le sol sablonneux et boueux est couvert par endroits de tas de déchets chimiques.

    Pénétrer dans les fourrés d'argousiers est difficile. C'est pourtant là que se nichent les cabanes sont bâties avec des matériaux de récupération. Des palettes de bois pour le sol, d'autres pour les murs, sur lesquels sont étendues des couvertures. Des grilles de chantier recouvertes d’une bâche en plastique complètent la cahute grande, au mieux, de 12 m2.  Elle abrite jusqu’à 20 personnes. Berrouz, un Iranien de 37 ans, est résigné. Il a fui son pays, recherché par la police pour avoir aidé un ami à coller des affiches hostiles au pouvoir et souhaite demander l'asile politique en Grande-Bretagne. « Ce sont des conditions terribles, auxquelles je ne suis pas habitué », raconte l'ancien professeur d'anglais. Mais je commence à m’y faire ». Il est à Calais depuis une dizaine de jours. Plus que le froid ou l'hygiène, Berrouz évoque le stress permanent – les descentes de police, la peur d'être arrété et relâché loin de Calais.  

    Cabanes incendiées

    Jusqu’à jeudi dernier, on comptait une trentaine de cabanes dans la « jungle ». C'était avant que les services de nettoyage de Tioxyde n'en incendient les deux tiers. « Les migrants vont les reconstruire le plus vite possible », explique Cédric Domenjoud, étudiant lillois qui a volontairement partagé, pendant trois semaines cet été, la vie des migrants*. La cuisine, elle aussi, a été détruite. On  découvre des restes d'une bouteille de gaz calcinée. « Une bâche servait de auvent, se rappelle Cédric. Des jerricanes coupés en deux faisaient office de lavabos. »  

    Plus loin dans la forêt, il montre le coin toilette. Des brosses à dent et rasoirs sont accrochés aux arbres. Les sans-papiers de Calais prennent soin de leur apparence, dans la mesure du possible. « Ils sont très gênés de ne pas pouvoir se laver. Ils masquent leur odeur en s’aspergeant de parfum », précise Cédric. Surtout ne pas se faire remarquer.  

    Les associations et la  sous-préfecture s'accordent pour dire que les migrants n’engendrent pas de délinquance. Cédric confirme : « ils ne sont jamais agressifs envers la police et la population. »  

    « Chasse aux migrants »

    Il n’empêche, beaucoup de migrants racontent la même histoire : au petit matin, les CRS débarquent pour les déloger brutalement ou les intimider en aspergeant les matelas, les couvertures de gaz lacrymogène, quand ils ne les brûlent pas. Plusieurs se plaignent d’avoir été frappés sans raison, comme ce jeune homme qui risque de perdre un oeil suite à une arrestation. Joel Desseigne, le président de la Belle étoile accuse : « Pour certains CRS, chasser les migrants est un nouveau sport. »

    Malgré les embûches, il faut passer la Manche. Les migrants doivent rendre des comptes à leur famille, qui bien souvent a payé leur voyage. Ce soir, ils iront sur les quais prendre des forces grâce au repas préparé par l'association Salam. Pour, cette nuit encore, tenter de filer à l'anglaise.  


    * Cédric Domenjoud vient de publier le témoignage de ses trois semaines avec les migrants: "Tomorrow England", éd. Les points sur les "i"

    Source Metro France - Janvier 2008
  • Cédric au journal télé

    9ca28c7e1e105de70078d1cc413a13a1.jpgCliquez sur cette photo11a623819f9f328d880baba2a0302bfe.jpg

    Cédric est l'invité du journal de France 3 Nord Pas de Calais Picardie ce lundi à 19 heures En cliquant sur cette petite photo, vous accédez directement au site de la station.

    Pour commander l'ouvrage allez sur la colonne de gauche et cliquez sur la petite couverture, vous serez dirigé directement sur notre portail de ventes ( possibilité d'imprimer un bon de commande pour ceux qui ne souhaitent pas acheter en ligne )

  • Un beau livre : Tomorrow England

     Tomrorow England, beaucoup de demandes en librairies... et ... ici en cliquant sur la petite vignette.

    Pierre Henry, Directeur Général de "France Terre  d'Asile" préface le livre de Cédric Domenjoud : Tomorrow England - La situation des migrants 5 ans après Sangatte.

    Il y a cinq ans fermait Sangatte et depuis presque rien n'a changé. Cinq ans d'humiliation et de traque, cinq ans de peine, cinq ans de violation des droits humains. Les habitants appellent toujours les migrants "kosovars", tandis que la police perpétue ses incessantes rafles du matin au soir.

    Les bénévoles eux, sont fatigués, mais continuent ce qu'ils estiment être juste : soutenir, aider, lutter, agir pour les migrants. A midi les exilés de Calais se bousculent autour de la cabina où les associations ont du mal à fournir suffisamment de repas pour tous. Le sixième hiver approche et près de 300 migrants s'apprêtent à dormir ce soir dans les bois de la zone des Dunes et les parcs de la ville.

    J'y suis allé, j'ai vécu trois semaines avec eux le jour comme la nuit, et depuis les migrants de Calais sont devenus une partie de moi. Je ne peux plus envisager de voir passer un mois sans aller là-haut regarder ce qui s'y passe. Ce récit, c'est eux, c'est moi, c'est aussi une insulte à notre bonne conscience.

    148 X 210 - 170 Pages - 15 €uros - hors frais de port


    ISBN : 9782915640618

    Cliquez sur cette photo11a623819f9f328d880baba2a0302bfe.jpg
  • Tomorrow England

    a505d808422b4910ee3eb96378d49ea1.jpg Il y a cinq ans fermait Sangatte et depuis presque rien n'a changé.

    Ces cinq ans, ce furent cinq ans d'humiliation et de traque, cinq ans de peine, cinq ans de violation des droits humains. Les autorités détournent toujours la tête, les habitants appelent toujours les migrants "kosovars", tandis que la police perpétue encore et toujours ses incessantes rafles du matin au soir. Les bénévoles eux, sont fatigués, mais continuent ce qu'ils estiment être juste : soutenir, aider, lutter, agir pour les migrants.

    A midi les exilés de Calais se bousculent autour de la cabina où les associations ont du mal à fournir suffisamment de repas pour tous.

    Le sixième hiver approche et près de 300 migrants s'apprêtent à dormir ce soir dans les bois de la zone des Dunes et les parcs de la ville. J'y suis allé, j'ai vécu trois semaines avec eux le jour comme la nuit, et depuis les migrants de Calais sont devenus une partie de moi.

    Je ne peux plus envisager de voir passer un mois sans aller là-haut regarder ce qu'il s'y passe. Ce récit, c'est eux, c'est moi, c'est une insulte à notre bonne conscience.

    Cédric Domenjoud (né le 01 septembre 1985 à Troyes) est étudiant licencié d'histoire et prépare le concours d'entrée à l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille. ( son blog http://dissidence.over-blog.org/ )

    A paraitre début janvier 2008

    150 pages - 15 €uros

  • Récit de voyage ! Calais au pays des apatrides...

    ...medium_untitled.JPGJe suis de retour après trois semaines passées avec les migrants de Calais. De plus en plus sensible à la question de l'immigration, des mouvements de populations, des flux de réfugiés, je m'étais mis dans la tête que je ne pouvais pas décemment étudier à 30 minutes d'un lieu où passent tous les migrants en route pour l'Angleterre sans aller ne serait-ce qu'y faire un petit tour...

    J'y suis donc allé en mars pour une seule et unique journée, inutile aller-retour digne de ces journalistes de la presse à gros tirage, qui ne permet absolument pas de comprendre, ni même réellement de voir ou de se rendre un minimum compte de ce que vivent les migrants là haut. Frustré par cette visite éclair, j'ai finalement décidé d'y retourner après mes examens de fin d'année, dans l'idée d'y rester une semaine entière. Au final, j'y serais resté quasiment trois semaines !

    De cette expérience, que je juge encore trop courte, j'ai appris beaucoup, et même plus que je n'aurais cru, sur la situation française en terme d'immigration. J'ai surtout appris à détester ce pays et ce continent qui m'ont vu naître et qui bafouent aussi allègrement les droits de l'homme. Ayant pris un certain nombre de photos et filmé mes journées avec les migrants, je ne vous livrerai ici qu'une brêve analyse, puisque je destine mon récit dans son intégralité à "Les Points sur les i éditions."

    François Legeait, un photographe indépendant avec qui il m'a été donné de discuter et de garder contact, avait publié en 2005 un petit livre aux Editions de Juillet qui s'intitulait "Destins Clandestins". Il y racontait son expérience avec les migrants, trois ans après la fermeture du camp de Sangatte par Nicolas Sarkozy. La situation était alors intenable : les migrants arrivaient toujours en masse et tentaient tant bien que mal de trouver où dormir, sous les ponts, dans les bois, dans les parcs et même dans les écluses... Traqués par la police, gazés, frappés, on détruisait leurs abris, parfois par le feu. Humiliés en permanence, ils ne trouvaient le réconfort qu'auprès des associations qui leur distribuaient nourriture, soins et vêtements : Salam, le Secours Catholique, le collectif C'Sur.

    Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui ? Pour ainsi dire pas grand chose. On voit moins de migrants à Calais, parce que tout est fait pour les disperser en continu à travers tout le pays, mais le nombre de migrants qui passent par la ville n'a pour ainsi dire diminué que dans les statistiques officielles. Ce qui a changé, c'est qu'on en parle moins. Ce qui a changé, c'est que les migrants se sont désormais presque tous repliés dans les bois avoisinant la zone industrielle des Dunes, classée Seveso, bien à l'éccart de la population calaisienne.

    Non content de ne plus les voir dans les rues du centre-ville, les autorités voudraient maintenant leur construire un centre d'accueil à côté de leur "jungle", pour s'assurer qu'ils ne viendront plus du tout aux abords de la ville où aujourd'hui encore ils vont à la rencontre des associations pour les repas. Beaucoup de bénévoles des asso, pas dupes, sont résolument contre cette idée. Les autres sont bien souvent empêtrés dans les luttes de pouvoir, motivés avant tout par leur bonne charité chrétienne et généralement incapables de communiquer avec les migrants...

    Sarkozy est contre aussi, parce qu'il y voit un nouveau Sangatte et ne peut se résoudre à ce que la question soit de nouveau abordée et donc diffusée au grand public. Les usines chimiques Tioxide et Ucar ne sont pas plus favorables, étant plutôt hostiles à la présence des migrants qui sont comme autant de témoins gênant de leur polution et s'accrochent sous leurs propres camions pour tenter de passer en Angleterre.

    Pour ma part, ayant vu avec quel cynisme et quel dédain la police s'en prend à ces migrants, je ne peux que m'opposer fortement à la concentration des migrants en un lieu déserté de la population, où la police pourrait s'en donner à coeur-joie pour mener à l'abri des regards son ignoble farandole de raffles !

    Qu'ai-je retenu de Calais ?
    J'ai passé mes journées avec eux, j'ai dormi avec eux, j'ai pour ainsi dire consacré ces trois semaines à me mettre dans leur situation autant qu'il me l'était permis, alors ce que j'en retiens, c'est que ces migrants, majoritairement âgés de 15 à 30 ans, sont pour moi comme des frères. On a le même âge et il ont un désir d'intégration, un désir de travail, un désir de tendresse qu'il ne m'a pas été donné d'observer à ce point chez les jeunes d'ici. Leurs regards sont souvent profondément généreux et leurs paroles sont comme autant de coup de couteau dans la conscience de l'occident : ils ont fui la mort, il ont fui l'oppression, ils ont fui la misère que NOUS leur avons apporté depuis des siècles et des siècles de colonisation, d'impérialisme, de spoliation et de mépris. Nous avons la responsabilité d'avoir armé les taliban, nous avons la responsabilité de sucer les ressources naturelles de leurs pays, nous avons la responsabilité de laisser se faire les massacres du Darfour pour ne pas heurter les intérêts chinois, nous avons la responsabilité d'avoir toujours préféré défendre nos intérêts économiques plutôt que le respect de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme...

    Ces jeunes, ils ont sur le corps les traces visibles de nos erreurs ! Ils m'ont montré leurs mains ouvertes, leurs pieds et leurs jambes erraflés, leurs bleus et même les blessures dues aux guerres que nous soutenons contre eux dans leurs pays... Ils m'ont parlé de leurs espoirs, de leurs rêves. Si vous saviez comme ils sont simples comparés aux rêves ambitieux de ma génération ! Leur défaut, c'est d'être nés dans le mauvais pays, du mauvais côté du globe. Et ici, on continue de leur faire payer en les humiliant, en les traquant matraques à la main et chiens en laisse...

    J'ai eu l'occasion en dormant avec eux de me réveiller avec les incursions de police du matin au soir, des CRS, de la PAF comme de la police nationale qui n'a sans doute pas réellement un mandat pour mener ce genre d'opérations. Mais la PAF n'a pas assez d'éffectifs, vous comprenez... Les policiers qui interviennent à Calais changent tout le temps, pour ne pas subir le contre coup affectif de leur sale boulot. Quand j'y étais, ils venaient de Moselle...
    Chaque jour, ils les attrapent après les avoir poursuivis dans les épines ou sur les bords de routes, les collent dans leur camionnette blanche banalisée, puis les emmènent à Coquelle, un centre de rétention quasi clandestin à la sortie du Terminal transmanche. Après, soit ils les relâchent après leur avoir donné un papier sans valeur les invitant à quitter le territoire, soit ils les gardent une journée entière dans leurs cellules exigüe et inadéquates, soit ils les expédient ailleurs à l'autre bout de la France ou dans le premier pays européen où ils sont arrivés. La police sait pourtant pertinement qu'ils vont revenir, mais il faut tout faire pour que les migrants ne soient plus jamais autant à Calais au même moment comme du temps de Sangatte.

    Quand ce n'est pas la police, ce sont les chauffeurs de camions ou les passeurs qui leur mènent la vie dure. S'ils n'ont pas les 300 à 1500 euros pour payer les passeurs, ils n'ont que très peu de chance de réussir leur passage. Alors ils essayent seuls et restent des mois. C'est tout un système, la police connaît très bien les passeurs, il faut cesser de nous faire croire que la police est ignorante. Les passeurs sont généralement les plus propres, parce qu'ils ne dorment pas dans la jungle avec les autres. Et puis souvent ils sont kurdes. Etonnement, les kurdes sont loin d'être le peuple le plus hostile vis-à-vis de l'occident et de ses moeurs... à méditer ! Seulement voila, si la police stoppait vraiment les migrations vers l'Angleterre, comment voudriez-vous que la main d'oeuvre des entreprises britanniques soit alimentée ? Où va l'argent donné aux passeurs ? Aux agents de sécurité privés du port ? Aux chauffeurs de camions ? A qui d'après vous ? Il suffit de regarder à quel point le port est une citadelle infranchissable pour comprendre qu'il y a une faille quelque part : ceux qui passent font partie d'une immigration "choisie". C'est un grand jeu de dupes, dans lequel on joue avec la vie des migrants. Quand quelqu'un se met en travers du chemin des passeurs, il n'est pas rare qu'il aperçoive la lueur d'un canif. Les chauffeurs aussi se permettent des choses sans nom : durant ma première semaine, trois migrants ont reçu sous le camion un jet d'eau bouillante, avant que l'un d'eux ne se fasse tabasser par quelques routiers malvenants. Non, les migrants ne jouent vraiment pas, ils ont une vie de merde...

    Cedric sur Dissidence

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